Cette immersion dans un monde suprasensible qu'ils considéreront bientôt comme le seul existant en fait des parias de la société. Si cela ne tenait qu'à cela, soit. Mais comble de la sournoiserie, ces parias se considèrent comme l'élite de notre nation, futurs penseurs, chercheurs, hommes et femmes d'Etat qui construiront l'avenir de notre beau pays. Cet orgueil hypertrophié se nourrit paradoxalement des multiples humiliations que leurs professeurs, ex-prépa et « élite autoproclamée » leur jettent avec bienveillance tout au long de ce formatage ; soulignant aussi souvent que faire se peu, à quel point la « fac », cet enfers pointé du doigt comme lieu de perdition et punition suprême pour ceux qui ne se fondront pas suffisamment dans la masse grouillante et méticuleuse des prépas. Insulte suprême pour les prépas : un « tu as le profil de la fac » lancé nonchalamment avec un sourire en coin. Ou "Quand on vous parle, mademoiselle, vous avez l'air de ne pas comprendre".
Au bout de deux semaines, le cobaye prépa trouve parfaitement normal de dormir 4heures par nuit, d'avoir réduit toutes ses conversations à « a quelle heure est la khôlle de ceci ? » et pour ceux qui se nourrissent encore « qu'est-ce qu'on mange ce soir ? ». Une vie sociale et affective inexistante ponctuée de phases de repos culpabilisante est un net signe d'amélioration de la condition prépa.
Mais ne dressons pas un tableau trop noir des prépas, il y a aussi de rares mais précieuses satisfactions, comme arriver à prononcer une phrase comprenant à la fois les termes « hypotypose » et « zeugma » (186 points chacun au scrabble imaginez-vous) ou réussir à effectuer une intégration tripartite en moins de 1 minute et 12 centièmes. Avec ces précisions, vous m'accorderez qu'on ne peut en aucun cas plaindre leur sort et encore moins accepter qu'ils se plaignent.
message du prépa conditionné et prêt à l'emploi: "Tain, j''aurais trop pas le temps de manger aujourd'hui : j'ai 3h de cours entre midi et 2"




